Interview : Jean-Yves Moine, inventeur du concept de « management de projet 3D »

Jean-Yves Moine est Consultant en gestion de projet depuis une vingtaine d’années. Electronicien de formation, il s’est rapidement intéressé aux problématiques de planification des projets industriels et plus particulièrement aux relations entre les différents éléments qui composent et structurent un projet. De sa réflexion est né le concept de modélisation 3D des projets qu’il nous présente aujourd’hui.

-      Jean-Yves Moine, pouvez-vous détailler ce que recouvre votre concept de Management de projet 3D ?  

Le Management de projet 3D est une méthode visant à améliorer l’efficacité de la gestion des projets, grâce à une structuration pertinente de l’ensemble des informations liées à un projet, représentée sous la forme d’un cube. S’il n’existait pas jusqu’à aujourd’hui d’autre méthodologie que le planning, je propose une démarche innovante, centrée sur la structure d’accueil des informations du projet et reposant sur 3 dimensions : les activités, les produits et zones. Le principal apport de la méthode consiste à identifier les « interfaces » des projets, c’est-à-dire les zones de recouvrement et d’interaction entre ces trois différents éléments qui constituent le travail. Dans le modèle 3D, gérer un projet signifie en réalité gérer les écarts, à travers une structure complète de gestion des risques.

Avec une démarche de ce type, l’entreprise est en mesure de mieux comprendre ses projets, de bien les structurer, d’accélérer le processus de planification (par un facteur 10 !) et de bénéficier d’un management de projet intégré (dans le sens où toutes les disciplines du management de projet se réfèrent quotidiennement au cube WBS), le tout grâce à un mode de représentation en trois dimensions, symbolisé par un cube.

-      A quels types de projets, cette méthode s’applique-t-elle ?

A tous les types de projets : les projets industriels de type EPC (Engineering, Procurement, Construction) ; le développement de produits, de processus ou de services ; les projets informatiques, les grands projets d’infrastructure… La méthode s’applique en réalité parfaitement à tous les projets pouvant être assimilés à la construction d’un ouvrage, avec les trois dimensions mentionnées plus haut, auxquelles s’ajoutent bien sûr la dimension « Temps » et la dimension « Organisation » (cette dernière étant représentée par des codes couleur).

J’ai détaillé ces modes d’application dans plusieurs ouvrages, dont le dernier intitulé « Management de projet 3D – le cube projet » et l’avant-dernier publié aux Editions de l’Afnor et intitulé « Gestion de projets avancée : Structuration 3D, Pilotage des délais et des coûts, Management de projet par les écarts ».

-      Comment avez-vous été amené à vous intéresser à la gestion de projets puis à formaliser cette méthode ?

Je suis à la base électronicien. Au début de ma carrière, j’ai été amené à utiliser un logiciel de planification. Comme j’avais besoin de comprendre comment fonctionnait ce logiciel d’un point de vue informatique, j’ai commencé ainsi à me documenter et à m’interroger sur l’articulation des principaux éléments qui composent un projet. En 2001, travaillant chez Sagem, dans la Division Défense et Sécurité, j’ai compris comment ces structures élémentaires des projets se croisaient et j’ai formalisé un premier modèle relationnel de structure des projets. Petit à petit, avec l’expérience, j’ai convergé vers une modélisation plus aboutie et plus générale : le WBS 3D. J’ai alors éprouvé la pertinence du modèle, tout en l’améliorant à chaque nouveau projet.

-      Justement, dans quels types d’entreprise avez-vous appliqué votre méthode ?

Plusieurs projets emblématiques ont démontré tout l’intérêt de la méthode. Par exemple, dans le projet LRT Lusail au Qatar (construction de 4 lignes inter-reliées de tramway) de Vinci, où le WBS 3D a permis de réaliser le planning beaucoup plus vite et mieux fait qu’à l’aide d’une méthode standard. J’ai développé en effet un diagramme de Gantt 3D et un chemin de fer couvrant les 3000 tâches à réaliser en seulement 30 jours !

Je suis également intervenu dans le projet « Balard » (le « Pentagone » français). L’équipe en charge de ce projet avait prévu un processus de planification s’étendant sur 6 mois. Avec ma méthode il a été réalisé en 20 jours… Attention, je tiens à préciser que ce n’est pas la durée totale du projet qui est raccourcie avec WBS 3D, mais bien le temps de création du planning (avec notamment d’importants gains de temps obtenus grâce à moins de saisie manuelle de données). De plus, cette rapidité de planification ne se fait bien-sûr pas au détriment de la fiabilité et de l’exhaustivité des tâches programmées.

La méthode a été appliquée dans de nombreux autres projets comme par exemple la Centrale EPR de Flamanville (sur la partie ‘Tuyauterie’), la construction de la ligne à grande vitesse (LGV) reliant Rennes et Le Mans (« LGV Bretagne-Pays de la Loire » d’Eiffage), la construction par Jacobs Engineering d’une usine de traitement des phosphates au Maroc, la construction par Systra du Tramway de Tours, etc.

En réalité, chaque projet a contribué à améliorer mon modèle 3D. J’ai eu l’occasion de fréquenter des professionnels de très haut niveau qui m’ont aidé à apporter plus de pertinence au WBS 3D.

-      Avec de tels gains de temps, où se situe désormais la valeur ajoutée d’un gestionnaire de projet ?

La méthode d’une part offre des tableaux de bord spécifiques qui procurent une vision synthétique aux chefs de projet et à l’ensemble des parties prenantes qui ne maîtrisent pas forcément l’art de la planification. La créativité des gestionnaires de projets se déplace ailleurs, par exemple dans les finitions du planning et l’ajout de « matière grise » Mais l’avantage principal de la méthode, outre l’identification des interfaces projet, consiste à mettre en relation toutes les disciplines du management de projet, grâce à la centralisation des informations. C’est pourquoi je parle de management de projets intégré : les planificateurs, les contrôleurs, les responsables de la documentation technique, les responsables qualité, les ressources projets, etc. tous disposent des mêmes informations, fournies via le cube WBS 3D. Les gains de temps et de qualité générés permettent aux chefs de projets de se consacrer à des tâches offrant une plus forte valeur ajoutée que les tâches de gestion pures..

 

Pour découvrir dans le détail la méthodologie WBS 3D de Jean-Yves Moine : découvrez son blog et son site web en anglais.

En complément : une illustration de l’application de la méthode dans le cadre du projet du métro léger de Lusail (Qatar).

A lire sur MyProjectCafe : « Henry Laurence Gantt : motivation, récompenses et planification » et « Planification ou simple gestion ? ».

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