Interview : Jean-Philippe Policieux, spécialiste des projets technologiques

L’interview du jour nous emmène à l’autre bout du monde : en Nouvelle-Zélande, où Jean-Philippe Policieux, un spécialiste des projets technologiques a posé ses valises, après une dizaine d’années d’expérience dans des sociétés de service. Parmi la cinquantaine de projets et la centaine de phases avant-vente auxquels il a participé, il détaille pour MyProjectCafe les plus emblématiques et partage son retour d’expérience. Avec un constat principal : l’échec n’est pas une fatalité, au contraire : il nous rend plus fort, si tant est que l’on accepte de l’analyser objectivement.

- Quelle est votre fonction, quels sont vos domaines de compétences et quelle est votre formation ?

Je suis chef de projets dans une petite société de services et j'interviens sur des projets de développement web, d'intégration de solution CRM, de Business Intelligence ou d'infrastructure. Je suis diplômé de l'école d'ingénieur EISTI, j'ai suivi ensuite des formations en gestion de projet, en management, en communication et plus récemment je me suis auto-formé pour la certification « Prince2 Practitioner ».

- Que vous a apporté la certification Prince2 ? Pourquoi est-elle importante pour vous aujourd’hui ?

La certification en gestion de projets apporte une crédibilité dans le monde de l'entreprise : elle instaure un premier niveau de confiance avec le client sur la capacité à piloter un projet. Elle ouvre donc les possibilités en termes d'employabilité. La préparation de la certification m'a également permis de structurer ma pratique de la gestion de projet, j'ai assimilé un peu mieux certains réflexes acquis sur le terrain, et j'ai pu les ranger dans des étagères virtuelles, c'est toujours mieux qu'en vrac dans ma mémoire !

- Quelles sont les spécificités de la gestion de projet propres à votre secteur d’activité  et à votre entreprise ?

Je pense que la relation avec les utilisateurs finaux est toujours délicate à gérer sur les projets informatiques. Tout leur paraît simple, tout doit être rapide, un bouton et le travail est fait ! Regardez Google, un mot-clé, un bouton et il sort des résultats parmi des milliards de page web ! Il y a un côté "baguette magique" qui est effectivement incroyable lorsque cela se passe comme ça. Mais parfois ce n'est pas aussi simple... Lorsqu'ils veulent un bouton en plus, ils se disent que ce n'est pas grand-chose et il est difficile de leur expliquer les implications en termes de coûts, délais, complexité technique voire fonctionnelle, même si c'est leur cœur de métier ! 

Il n'est pas forcément plus facile de travailler avec les utilisateurs plus sensibilisés à la technique ou aux nouvelles technologies puisqu'ils pensent "connaître". Un utilisateur m'a dit une fois "Amazon la propose cette fonctionnalité, pourquoi ne la faites-vous pas ?". S'il peut fournir le budget en face, bien sûr, mais là, ce n'était pas le cas. Le client peut être roi s'il a les moyens d'assumer le train de vie qui va avec !

- Comment êtes-vous devenu Chef de projet ?

Le métier de chef de projet m'intéressait et on m'a proposé rapidement de prendre de premières responsabilités. Je m'étais dit à l'époque que si l'opportunité se présentait c'est que je devais être prêt, alors j'ai accepté ! Ce fut une catastrophe à tout point de vue... Je décris en détail cette première expérience projet dans mon blog pour ceux que cela intéresse. Soyez indulgents... Les circonstances étaient loin d'être idéales dès le départ et avec le recul, il aurait mieux fallu suspendre le projet pour recadrer les choses. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait sur le suivant et ça s'est beaucoup mieux passé. Mon manager de l'époque m'a tout de même bien épaulé malgré sa disponibilité réduite. Ce premier projet avec ses nombreux problèmes a posé les bases de ce qui allait devenir ma pratique de gestion de projet. C'est un peu comme faire du roller sur des pavés, on tombe une fois, on se fait mal, on se dit ensuite qu'on va prendre une autre trajectoire, un autre chemin pour les éviter car c'est plus sûr !

- Pouvez-vous nous décrire en quelques mots le projet le plus emblématique que vous avez été amené à gérer ? En quoi a-t-il été important pour vous ?

J'ai piloté un projet pour une compagnie aérienne dans le cadre du recrutement des pilotes de ligne. Il s'agissait de créer une application pour évaluer la psychomotricité des candidats : une batterie de tests d'attention auxquels ils devaient réagir à l'aide d'un joystick. L'interlocuteur que j'avais en face pour les spécifications avait la double compétence ingénierie et psychologie, c'était tout simplement passionnant. L'équipe a également fait un sacré boulot au vu des exigences du client, elle a développé en quelque sorte un vrai moteur de jeu complètement paramétrable. Et après la phase de test, toute l'équipe avait fortement progressé en psychomotricité ! Après validation, l'application a remplacé avec succès l'ancienne version qui datait de 1988 ! On nous avait même fourni le code sur des listings papiers ! Mais je n'oublierai jamais le démarrage du projet, lorsque le client a abordé les risques en disant : "Celui qui a inventé le bateau a également inventé le naufrage !".

- Quelles sont, selon vous, les trois principales qualités nécessaires à l'exercice de ce métier ?

Une excellente gestion du temps, pas seulement bonne, au moins très bonne ! On ne peut en effet pas prétendre vouloir gérer le temps des autres sur un projet si on ne sait déjà pas gérer correctement le sien. Par gestion du temps, j’entends bien sûr gérer ses tâches, gérer ses emails, gérer ses priorités, mais surtout savoir tenir ses engagements, dire ce que l'on fait et faire ce que l'on dit. 

Vient ensuite une bonne communication à l'écrit et à l'oral. Parce qu'au final, lorsqu'on gère un projet, on passe beaucoup plus de temps à communiquer avec les équipes, les clients, les fournisseurs et autres parties prenantes qu'à mettre à jour son planning, sinon c'est qu'il y a un problème... 

La troisième qualité est plus particulière, il s'agit de l'implication, ce que les anglophones appellent "ownership". Cela se ressent surtout sur les projets au forfait (avec engagement de résultat). Il faut prendre le projet sur ses épaules et le faire avancer jusqu'au bout, quels que soient les obstacles ou les difficultés. Cela demande de maintenir son attention sur l'objectif et être déterminé à y arriver. Car parfois le sort s'acharne...

Ce serait les 3 qualités que je mettrais en avant. Bien sûr, il y en a d'autres bien utiles également...

- Pour finir, une anecdote vécue ?

Cela intéressera surtout ceux qui ont du mal à faire valider quoi que ce soit… J'étais en fin de phase de spécifications sur un projet au forfait. Une fois validées, ces spécifications sont la « Bible » du projet pour la phase de réalisation. Il y a donc une certaine pression côté client. Ce dernier multipliait les relectures et les allers-retours pour éviter ce moment fatidique où il allait devoir valider définitivement. 

J'ai donc mis un terme à ces va-et-vient et ai donné une ultime deadline pour la validation du document. Le client m'a bien renvoyé le document signé en temps et en heure en précisant tout de même dans les réserves : "Sous réserves d'erreurs non détectées pendant les relectures." Ou comment valider sans valider... Cela revient à commander au restaurant un bœuf bourguignon et après 3 bouchées, demander un poisson à la place, sans supplément. Si vous connaissez un restaurant où ça se fait, contactez-moi !

 

Pour plus d’informations : découvrez le site web de Jean-Philippe

A lire sur MyProjectCafe : « Echec des projets informatiques ou échec de la démarche de gestion de projets ? » et « Interview : Jean-Yves Moine, inventeur du concept de « management de projet 3D ».

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